(2) " Le Pied-Tendre " 1968 - prépublication dans Spirou (1537 à 1556) en 1967-68
Comme pour
Calamity Jane, LL n'est pas l'ennemi du personnage phare mais au contraire son
soutien face à un environnement hostile car cet album traite de l'ostracisme
et des brimades dont étaient victimes les immigrés de la part
des habitants du Far West, issus souvent eux mêmes de l'immigration une
génération auparavant.
Cet album est très réussi d'abord par son attaque. Les auteurs
choisissent de mettre en scène un personnage qu'on ne voit jamais, le
vieux Bady, et pour cause, puisqu'il vient de mourir, mais toute l'histoire
est sous-tendue par son testament. L'album fonctionne sur le contraste entre
les rudes murs de l'Ouest et les manières raffinées de Waldo
Badmington, l'aristocrate anglais qui a hérité de la propriété
du décédé. Il incarne tous les poncifs accolés aux
élites de l'Angleterre victorienne. 
Il est flegmatique, respectueux des bonnes manières mais aussi très
courageux et ... sportif. La trouvaille des auteurs consiste aussi à
flanquer Waldo Badmington d'un valet, comme dans le théâtre de
Molière. Il s'agit de Jasper, tout aussi attaché aux bonnes manières
que son maître.
Cet album
est très poignant notamment lorsqu'il met en scène le procès,
évidemment truqué, auxquels LL et son ami sont confrontés.
A noter que la chute de l'album est assez amère, triste. Jamais on a
été aussi content de voir LL s'éclipser en douce.
L'histoire s'inspire du
film "L'extravagant M. Ruggles" ("M. Ruggles of Red Gap")
de Leo Mc Carey (1934) avec Charles Laughton.
La réplique : " Seulement, s'il en vaut la peine. "
Curiosité : Albert Uderzo, le dessinateur d'Asterix est persuadé
que Waldo Badmington est une caricature de lui même. Morris a toujours démenti.
Comme "La Diligence", cette histoire a été prépubliée dans Spirou avant de sortir en album chez Dargaud. Charles Dupuis avait oublié de la protéger par contrat.