(3)
" Dalton City " 1969-
prépublication dans "Pilote" (441 à 462) en 1968
Cet
album brille d'abord grâce à sa couverture particulièrement
dynamique. Il est aussi le premier album paru en feuilleton dans " Pilote
" et non plus dans " Spirou ". Le premier symptôme de ce
changement est sans contexte la place réservée aux femmes via
la chanteuse de saloon Lulu Carabine et sa troupe, comme si les auteurs avaient
voulu compenser les longues années de censure imposée par Dupuis.

Pour la première fois dans l'histoire de Lucky Luke, une histoire de
séduction et d'amour est évoquée et pas avec n'importe
qui puisque ce sont Joe et William Dalton qui succombent au charme de l' "
artiste ", au point d'en venir aux mains d'ailleurs. Mais l'évocation
du sentiment amoureux n'est pas nouvelle chez Goscinny. Celui-ci avait ouvert
le feu deux ans auparavant dans "Asterix Legionnaire" où Obélix
tombait amoureux de la belle Falbala. Mais les aventures du petit Gaulois étaient
publiées dès le début chez Dargaud, plus enclin à
ce genre de propos audacieux que la conservatrice maison Dupuis.
Lulu Carabine est une caricature de Mae West, plantureuse actrice, super star
d'avant-guerre, célèbre pour ses frasques.
Les Dalton sont particulièrement
touchants car on les voit se comporter en promoteurs passionnés et consciencieux
pour faire revivre une ville abandonnée. Même s'ils se basent sur
les codes de vie de la pègre, ils se trouvent bel et bien en position
de notables dans une ville où règne une atmosphère de Cour
des Miracles, de contre-société gouvernée par les voyous.

Si le récit est bien mené avec notamment un excellent long préambule
qui met en en scène Dean Fenton, et des scènes de prison particulièrement
drôles, on regrettera deux faiblesses du scénario : l'évasion
à la dynamite des Dalton (où Joe a-t-il trouvé l'explosif
?) et l'attitude de LL à la fin de l'album (comment pouvait-il imaginer
arrêter à lui seul tous les bandits ? ).
La réplique : " Merci beau brun "
Caricature : Mae West, actrice américaine (1893-1980)