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" Le Grand Duc " 1973-
prépublication dans "Pilote" (690-707) en 1973
L'idée
de départ ne manque pas d'originalité et d'exotisme importé.
LL est chargé d'escorter dans le Far West un dignitaire russe, le Grand
Duc Leonide, désireux de découvrir les us et les coutumes de ce
nouveau pays dont il a entendu parler via l'écrivain Fenimore Cooper.
L'affaire est de la plus haute importance car du contentement de ce visiteur,
dépend la signature d'un important traité commercial entre les
Etats-Unis et l'empire Russe.
L'histoire est basée sur un clin d'oeil historique. L'invité est
tellement sensible que rien de fâcheux ne doit lui arriver. LL va tenter
de le couper des réalités et va s'ingénier à lui
présenter un Far West de carton-pâte, où les dangers classiques
(bagarres de saloon, indiens, bandits etc) ne sont que des faux-semblants. Evidemment,
l'allusion à Potemkine, ce ministre qui faisait fabriquer de faux-villages
pour tromper la Tsarine Catherine, est claire. Autre clin d'oeil, la présence
continue d'un terroriste, anarchiste ou nihiliste, qui rôde dans le sillage
du prestigieux visiteur pour tenter de l'assassiner.
La trame de l'album est aussi inspirée d'un fait authentique. Le Grand
Duc Alexis, fils du Tsar Alexandre II fit effectivement un voyage au Far West
en 1871. Un train de la Union Pacific lui était réservé.
Il se fit prendre en photo avec le général Custer.
L'humour est basé
sur la personnalité du personnage-titre, le Grand Duc Léonide,
caricature de Sydney Greenstreet, un acteur spécialisé dans les
rôles de personnages imposants et hiératiques. Le Grand Duc est
une sorte de grand enfant, capricieux qui, en plus, ne parle pas anglais. Il
a donc recours aux services d'un interprète, Fedor Mikhailovitch Boulenkov,
trouvaille de génie de Goscinny. Ce petit homme, chaussé d'un
monocle, passe son temps à traduire les messages dans un langage châtié
jusqu'au ridicule, comme le font souvent ceux qui ont appris une langue dans
les livres plus que sur le terrain.
Les femmes sont ici très bien traitées, d'abord par le Grand Duc
lui-même, trésor de galanterie, mais aussi par les auteurs, le
rôle de Laura Leggs, la danseuse de saloon, est décisif. Une jolie
fille qui joue un rôle positif dans une histoire... On a vraiment changé
de dimension par rapport à la période Dupuis. Presque aussi galants
que le Grand Duc lui même, Morris et Goscinny semblent s'excuser de leur
misogynie passée à travers la fameuse réplique de la page
23. L'un des moments les plus émouvants de la série.
A noter que cet album était le préféré de Morris.
La réplique : Eyaayah (« Râté »)
Le gag : la roulette russe
Le running gag : Lucky Luke est régulièrement montré
dans une baignoire où il est toujours dérangé au moment
où il se savonne le dos.
La curiosité : L'album est parsemé de bulles en cyrillique.
Des générations de lecteurs ont découvert à cette
occasion que les Russes connaissaient un autre alphabet que le nôtre.
Caricature : Sydney Greenstreet, acteur anglo-américain (1879-1954)